Comment déguster un rhum infusé
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Nous recevons des groupes à la serre toute l'année, et une chose revient à chaque dégustation : la même bouteille, servie deux fois de suite dans des conditions différentes, ne donne pas la même impression. Pas un peu différente. Franchement différente, au point que certains croient qu'on a changé de flacon.
Voici les réglages qui comptent, et ceux qui n'y changent rien.
La température : le réglage qui pèse le plus
Servez frais, autour de 8 à 12 °C. Sorti du réfrigérateur un quart d'heure avant, ou du bas du frigo directement.
Deux erreurs opposées, aussi fréquentes l'une que l'autre.
Trop froid, sortant du congélateur : le froid anesthésie. Les arômes volatils ne s'échappent plus, la bouche s'engourdit, et vous buvez quelque chose de lisse et de muet. C'est confortable, et c'est précisément ce que font les marques qui n'ont pas grand-chose à montrer.
À température ambiante : à 40 ou 49 % vol, l'alcool prend le dessus dès le nez et écrase le reste. Vous percevez la chaleur avant le fruit.
Entre les deux, il y a une fenêtre où les arômes sortent sans que l'alcool domine. C'est là qu'il faut être, et c'est le seul conseil de cet article qui vaut pour toutes les bouteilles sans exception.
Le verre
Un verre resserré vers le haut : verre à dégustation, verre tulipe, à défaut un verre à vin blanc. La forme concentre les arômes vers le nez au lieu de les laisser filer.
Le tumbler large, le verre à whisky classique, disperse tout. C'est agréable à tenir et c'est mauvais pour sentir. Quant au verre à shot, il condamne par construction : on ne sent rien et on boit d'un trait.
Servez peu, deux à trois centilitres. Un verre à moitié plein ne laisse aucun volume d'air au-dessus du liquide, donc rien à sentir.
Glaçon ou pas
Ça dépend du degré, et c'est la seule bonne réponse.
Sur un 49 % vol, un glaçon a du sens. En fondant, il abaisse le degré et libère des arômes que l'alcool masquait : c'est ce qu'on appelle ouvrir. Rictus Frénétique et ses épices changent nettement sur dix minutes.
Sur un 40 % vol, il est moins nécessaire : la bouteille est déjà accessible, et la dilution efface plus qu'elle ne révèle.
Si vous mettez un glaçon, mettez-en un seul et gros. Trois petits glaçons offrent beaucoup plus de surface, fondent vite et vous laissent avec de l'eau tiède aromatisée. Un gros cube fond lentement et vous donne le temps de suivre l'évolution.
Le meilleur exercice reste de goûter le premier centilitre pur, puis d'ajouter le glaçon. Vous entendez la différence.
L'ordre, quand on en goûte plusieurs
La règle est simple : du plus discret au plus marqué, jamais l'inverse. Une bouteille épicée ou torréfiée sature le palais pour plusieurs minutes, et tout ce qui passe après paraîtra fade.
Concrètement, pour une dégustation de quatre :
- Les 40 % vol d'abord, plus souples.
- Puis les fruités à 49 % vol.
- Puis les secs et floraux, comme Valse Vaudou, le plus sec de la gamme.
- Et en dernier les épicés et les torréfiés : Rictus Frénétique, L'Antidote du Joker, Fly to ze graal.
Entre deux, de l'eau plate à température ambiante, et un morceau de pain si la dégustation s'allonge. Évitez le café et tout ce qui est mentholé, qui effacent le palais pour un bon quart d'heure.
Ce qu'on cherche en bouche
Trois moments, et il suffit de les nommer pour commencer à les percevoir.
L'attaque, la première seconde : franche ou douce, acide ou ronde.
Le milieu de bouche : c'est là que le fruit se donne à reconnaître, ou pas. La question utile n'est pas « est-ce bon », c'est « est-ce que je peux nommer ce que je goûte ». Sur une griotte, sentez-vous une griotte, ou une cerise confite indistincte ? La réponse vous apprend beaucoup sur la bouteille, la nôtre comprise.
La finale : ce qui reste quand vous avez avalé, et surtout combien de temps. Comptez-la vraiment, en secondes. Une longueur de vingt à trente secondes est déjà remarquable.
Deux choses qui ne sont pas des défauts
Le trouble. Epidemic n'est pas filtré, volontairement : la filtration retire des particules, mais aussi une partie des arômes. Un léger dépôt au fond est normal.
La cire d'abeille sur le bouchon de certaines bouteilles est un scellage fait à la main, bouteille par bouteille. Elle se casse simplement à l'ouverture.
Après ouverture
Bouteille bien refermée, debout pour que le liquide ne séjourne pas contre le bouchon, à l'abri de la lumière et de la chaleur. À ces degrés, la conservation se compte en années, et les arômes évoluent très lentement.
Pour aller plus loin
Le plus simple pour s'exercer reste de comparer côte à côte : le pack découverte de quatre fioles est fait pour ça, et chaque bouteille existe aussi en fiole de 50 ml sur sa fiche.
Et si vous préférez qu'on vous guide, nous organisons des dégustations privées à la serre, dans le Jura, pour des groupes de 5 à 9 personnes. Pour comprendre d'abord ce qui sépare un infusé d'un arrangé, c'est par ici.
Dénomination de vente : boisson spiritueuse à base de rhum. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. Vente interdite aux mineurs de moins de 18 ans.
